Violence conjugale, relations interpersonnelles et intelligence émotionnelle

La semaine dernière, alors que je parcourais l’actualité afin de trouver un sujet pour ma chronique radio, j’ai été affectée, sans aucun doute comme plusieurs d’entre vous, de voir autant de violence. Je pense aux attentats de Nice, au coup d’état en Turquie, puis à la petite Taliyah, tout cela non longtemps après la tuerie d’Orlando. Un fait intéressant, bien que d’une grande tristesse, est ressorti de ces événements. Il paraitrait que le tueur d’Orlando tout comme celui de Nice étaient auteurs de violence dans leur couple.

Chaque fois que j’entends parler de violence, je ne peux m’empêcher de me demander : «Mais qu’est-il arrivé à cette personne pour en arriver à poser de tels gestes?» Je me dis que cette personne à certainement manqué de quelque chose, d’amour peut-être, de soutien, d’écoute, de considération. Cette personne a sans doute aussi appris que c’est par la violence que l’on peut régler les difficultés. Bien entendu, ce ne sont pas toutes les personnes qui manquent d’amour qui sont violentes. Selon les écrits, « aucun facteur n’explique à lui seul pourquoi certaines personnes sont violentes envers d’autres ou pourquoi la violence est plus courante dans certaines communautés que dans d’autres. La violence résulte de l’interaction complexe de facteurs individuels, relationnels, sociaux, culturels et environnementaux » (OMS, 2002).

Cela dit, une collègue et amie m’a récemment parlé du concept d’intelligence émotionnel en lien avec certains enjeux de société (Merci Caro!). Cela m’a beaucoup fait réfléchir et je ne peux m’empêcher de faire un lien entre la violence, ici plus spécifiquement la violence conjugale, et l’intelligence émotionnelle.

Tout d’abord, prenons un moment pour explorer ce que les écrits nous apprennent sur les causes de la violence. Je ne tenterai pas d’expliquer les causes de la violence de manière exhaustive, mais j’aimerais plutôt vous faire part de quelques facteurs pouvant amener une personne à être violente dans sa relation conjugale.

Avant de commencer, voici un second fait intéressant. Dans mes recherches, je me suis rendue compte que les études mettent surtout une emphase sur les victimes de violence,  et très peu sur les auteur-es. En effet, tenter de comprendre une personne violente et de connecter avec sa souffrance est encore très tabou. Quand on pense aux nombreuses conséquences sur les victimes, on comprend pourquoi. Je tiens tout de même à aborder ce sujet délicat, justement pour proposer des pistes de réflexions dans l’optique de diminuer, voire d’enrayer la violence.

Entrons alors dans le vif du sujet. L’Organisation mondiale de la santé a publié un rapport sur les différents types de violence, axé autant sur les auteur-es que sur les victimes. Cette publication nous apprend que les personnes auteures de violence conjugale se caractérisent entre autres par un faible revenu, de la pauvreté familiale pendant l’enfance et l’adolescence, de mauvais résultats scolaires et une délinquance agressive à l’âge de 15 ans. De plus, les personnes violentes dans leurs relations auraient plusieurs symptômes reliés à un trouble de personnalité antisociale, agressive et limite. Ces personnes auraient davantage de difficulté à maîtriser leurs impulsions et manifesteraient plus de colère et d’hostilité. Finalement, elles seraient plus dépendantes sur le plan affectif, peu sûres d’elles-mêmes et se sentiraient dévalorisées (OMS, 2002).

(Pour avoir accès au rapport de l’OMS, c’est ici.)

Ensuite, selon Yvane Wiart, docteur en psychologie et thérapeute de couple,

« les agresseurs sont des gens qui n’arrivaient pas, dans leur relation avec leurs parents, à voir leurs besoins affectifs et relationnels satisfaits. Et qui ont dû forcer quelque chose dans cette relation pour avoir le dernier mot. Forcer les parents à s’occuper d’eux, par exemple. Pour eux, il s’agit d’être vainqueur dans la relation à autrui. En fait, aussi bien les agresseurs que les victimes ont appris à communiquer dans le non-respect d’autrui. Dans un système de communication où c’est le plus fort qui gagne. Ils ont donc appris soit à devenir le plus fort, soit à se soumettre. »

Maintenant, revenons à notre concept d’intelligence émotionnelle. Goleman défini ce concept comme étant «la capacité d’identifier ses émotions, de les comprendre, de les contrôler ou les ajuster en fonction des circonstances »(Goleman, 2003). L’intelligence émotionnelle comprend 5 composantes: la conscience de soi, la maîtrise de soi, la motivation interne, l’empathie et la maîtrise des relations humaines.

Chacune des 5 composantes est définie ici.

Et si nous mettions en relation ces 5 composantes avec les causes de la violence rapportées par l’OMS. D’entrée de jeu, ces composantes me semblent plutôt difficiles à développer lorsqu’une personne est élevée dans le pauvreté. En effet, quand on doit se battre pour manger, pour survivre, quand nos besoins de base ne sont pas comblés, il est plus difficile d’être conscient des besoins des autres et d’avoir de l’empathie.

Ensuite, certaines composantes de l’intelligence émotionnelle ne sont souvent pas présentes chez les personnes ayant un trouble de personnalité. Par exemple, une personne ayant un trouble de personnalité sociale aura une difficulté à montrer de l’empathie. Les personnes ayant un trouble de personnalité limite ont, pour leur part, une difficulté à gérer leurs émotions et sont plus impulsifs, donc ont moins de maîtrise de soi. Cela rend souvent les relations humaines plus difficiles.

Finalement, les personnes dépendantes et peu sûres d’elles-mêmes ont une conscience de soi qui est moindre. Elles ne sont pas conscientes de leurs forces, de leurs qualités, ne pensent pas pouvoir surpasser leurs limites, faisant en sorte qu’elles n’aient pas confiance en eux et dépendent des autres. Elles ont aussi moins de motivation à accomplir leurs buts, ne pensant pas pouvoir y arriver.

Ainsi, il me semble que plusieurs liens peuvent être faits entre les causes de la violence conjugale et l’intelligence émotionnelle. Apprendre à développer l’intelligence émotionnelle chez les individus, dès leur plus jeune âge, me semble être une piste à explorer pour une société moins violente, parrallèlement, entre autres, à un travail fait dans l’optique de diminuer la pauvreté et de soutenir les gens ayant un trouble de personnalité.

Bien que l’emphase ait ici été mise sur la violence, une plus grande intelligence émotionnelle peut aussi améliorer les relations interpersonnelles de chaque individu, dont les relations familiales et les relations conjugales. Notre système scolaire misant davantage sur l’intelligence intellectuelle, ne serait-il pas temps d’y intégrer quelques cours d’intelligence émotionnelle? Heureusement, il est toujours possible de développer l’intelligence émotionnelle, peu importe l’âge. Un thérapeute peut vous y aider!

Stéphanie Mathieu

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